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Hélène Mugot. Toute personne qui tombe a des ailes



Une œuvre suspendue, du bois noueux, une symbolique religieuse par l’objet et sa localisation : la vitrine face à l’église Saint Séverin.

Énigmatique œuvre à la galerie Saint Séverin. Un cep de vigne, noueux, avec quelques points rouges. Une œuvre silencieuse. Un mot, R.I.E.N., non pas en tête mais au pied. La symbolique religieuse est évidente. Mais derrière ? (1er avril -2 juin 2026)

L’œuvre R.I.E.N. d’Hélène Mugot s’inscrit dans une démarche artistique profondément introspective, où le vide apparent devient un espace de projection mentale et sensible. Le titre lui-même, construit comme un acronyme ou une affirmation radicale du néant, agit comme un seuil conceptuel : il ne désigne pas une absence, mais une tension entre ce qui est donné à voir et ce qui échappe à la perception.
« L’absolu n’a besoin de Rien « Antonin Artaud
Chez Hélène Mugot, le « rien » n’est jamais une vacuité absolue. Il est plutôt un champ d’expérimentation où la matière, souvent minimale, dialogue avec l’espace. L’artiste mobilise des dispositifs plastiques épurés — jeux de lumière, surfaces blanches ou translucides, volumes discrets — qui sollicitent une attention accrue du spectateur. Ce dernier est invité à ralentir son regard, à s’extraire d’une logique de consommation immédiate de l’image pour entrer dans une expérience perceptive plus méditative.
R.I.E.N. peut ainsi être compris comme une critique implicite de la saturation visuelle contemporaine. À une époque dominée par l’excès d’images et d’informations, Mugot propose une forme de résistance : elle valorise le silence, le retrait, l’invisible. Cette posture rejoint certaines traditions de l’art minimal et conceptuel, mais elle s’en distingue par une dimension presque spirituelle. Le vide devient un lieu d’intensité, un espace de résonance intérieure.
Par ailleurs, l’œuvre interroge la notion de présence. Que reste-t-il lorsque l’objet semble se dissoudre ? Où se situe l’œuvre : dans ce qui est matériellement présenté ou dans l’expérience subjective du spectateur ? En ce sens, R.I.E.N. déplace le centre de gravité de l’art vers celui qui regarde. L’œuvre n’est plus seulement un objet, mais une relation.
Enfin, on peut lire dans cette proposition une réflexion sur le langage lui-même. En nommant « rien » ce qui est offert au regard, Mugot joue avec les limites de la désignation. Le mot contredit l’expérience, ou du moins la complexifie, créant un écart fertile entre signifiant et perception.
Ainsi, R.I.E.N. n’est pas une œuvre sur l’absence, mais sur la potentialité : elle ouvre un espace où le regard, libéré des évidences, peut réinventer sa propre manière de voir.

Jean Deuzèmes


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