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Enrique Ramírez. La nature des choses



Une sculpture ou un tableau ? Une phrase lumineuse ou de la lumière pour écrire des mots ? La beauté et la simplicité. Une œuvre poétique en néon invitant simplement à la méditation, à s’arrêter, dans la rue, devant la Galerie Saint-Séverin.

Régulièrement les œuvres en néon reviennent à la surface de l’océan des arts. Cette lumière, inventée il y a un peu plus d’un siècle par Georges Claude, a été appropriée par les artistes pour élargir le champ du visuel, pour créer des émotions nouvelles et provoquer la réflexion des spectateurs. Des œuvres à l’aspect fragile et d’une étonnante variété ont vu progressivement le jour et ont remis en cause la domination de la peinture.

L’œuvre d’ Enrique Ramírez est une surprise : elle est décalée dans le temps de l’art qui n’est plus celui de l’avant-garde post-moderne ; elle évoque le jardin, mais est bleue ; elle est une phrase poétique non signée, donc très différente de Ben ; elle est en espagnol mais sa signification apparaît immédiatement ; elle est régulière, policée et dans sa fragilité parle d’éternité ; contrairement à la précédente, visuellement débordante, dans la même galerie, « REFUGEES Will Come » de Babi Badalov (>>>) mais est une invitation à l’engagement.
Passer devant, s’arrêter fait partie de ces petits bonheurs d’un temps de confinement où tous les lieux de culture sont fermés.

Enrique Ramírez, artiste chilien né en 1979, a été l’un des quatre nommés du Prix Marcel Duchamp 2020 pour son œuvre « Je crois aux énergies, aux âmes ».

Jean Deuzèmes
Lire article sur la place du Néon dans (Voir et Dire >>>)

Le point de vue de la commissaire
Depuis toujours, Enrique Ramírez entretient une relation forte à la nature et plus particulièrement au monde de la mer. Cela se traduit dans ses œuvres par la présence d’éléments comme des voiles, des rames, le bruit des vagues, ou des films tournés sur l’eau, dans l’eau, etc. Ses réalisations portent l’empreinte du sensible, de la poésie, mais peuvent aussi se faire l’écho de questions politiques. Ainsi dans certaines vidéos, il interroge les trop nombreuses disparitions des opposants, pendant la dictature du Général Pinochet, dont les corps étaient jetés dans les fleuves ou l’océan. À la mémoire du peuple chilien se mêlent souvent les souvenirs plus personnels de l’artiste.

Enrique Ramírez. Para construir un jardín, necesitamos de la tierra y la eternidad, 2019 . Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels
La sculpture en néon bleue présentée à la Galerie Saint-Séverin donne à lire une phrase qui incite à la méditation au-delà de sa simple acception :
La sculpture en néon bleue présentée à la Galerie Saint-Séverin donne à lire une phrase qui incite à la méditation au-delà de sa simple acception : « Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’éternité. »

Traduite en espagnol, cette citation de Gilles Clément fait écho à la théorie du "jardin planétaire" (ou jardin en mouvement ) que l’architecte paysagiste a développée en réponse à la globalisation, en proposant la "planétarisation" de la terre comme lieu de vie.

Cette maxime résonne pour nous comme le programme de toute une vie. Elle semble aussi apporter un peu d’optimisme en invoquant la nécessité d’un temps long. Par la mise en matière-lumière opérée par Enrique Ramírez, elle semble indiquer la voie tout en se réfléchissant dans les noirceurs du sol de la vitrine.
À son propos, Enrique Ramírez évoque l’instabilité du monde et rappelle l’importance d’écouter la nature, et de comprendre la manière dont elle est capable de supporter le vent, le poids de la vie. « Elle ne fait pas seulement penser à la terre, mais aussi à la façon dont les choses sont construites et dont nous les regardons », commente l’artiste.

Odile Burluraux

Biographie

Enrique Ramírez
Né au Chili en 1979, il vit et travaille entre Paris, Bruxelles et Santiago du Chili.

Fenêtre sur le Nord. Création sonore. Site de l’artiste.

Son père qui fabrique des voiles de bateau lui transmet dès l’enfance sa passion de la mer. Après des études à l’institut Arcos à Santiago du Chili en musique populaire puis en cinéma, il se rend en France et sort diplômé en 2009 de l’école du Fresnoy – Studio national des arts contemporains à Tourcoing. Il débute alors une carrière d’artiste sur le plan international et voit ses œuvres présentées dès 2017 à la Biennale de Venise.
En 2020, en tant que finaliste du prix Marcel Duchamp, il est exposé au Centre Pompidou. Actuellement lauréat de la résidence de la Collection Pinault à Lens jusqu’en juin 2021, il y prépare un projet en lien avec la région du Nord. Une exposition de ses œuvres lui sera consacrée au Fresnoy cette année.
Les œuvres d’Enrique Ramírez prennent le plus souvent la forme d’installations dans l’espace et se déploient sous la forme de vidéos, de pièces sonores, de photographies, de sculptures. Par un regard contemplatif, mais engagé, il aborde les thèmes de l’histoire douloureuse de son pays, de la migration, de la situation écologique et du devenir de la planète.


Jusqu’au 2 mai 2021

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