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Valérie Simonnet. Ma vie en 16/9



Une œuvre profonde sur le confinement est en train de naître : la photographe a confié à Voir et Dire les premiers éléments d’une série en cours de réalisation. Un geste d’amitié.

Les photographies que Valérie Simonnet expose de plus en plus souvent en galerie attirent l’attention par leur précision, la mise en scène savamment recherchée, leur humour, le déséquilibre des sujets, les paysages grands et petits, de Paris à la Chine. Elle s’est imposée par son goût des traversées urbaines au petit matin, ses observations des vies et comportements dans les musées d’art contemporain, ses nues, sa tendresse à l’égard des humains dans la solitude.

Elle revient au milieu de ce temps de confinement et confie à Voir et Dire une partie de sa série encore en cours fin mars 2020 : « Ma vie en 16/9 » comme l’est le format des photos, mais aussi celui des cadres de fenêtre qu’elle observe depuis son propre appartement. Si on est tenté de lui accoler des références connues, on se trompe.

Le principe est connu : de l’extérieur observer des individus dans des lieux fermés. Alfred Hitchcock, dans « Fenêtre sur cour » avait fait de son spectateur un voyeur et le menait par le bout du nez. Il posait une question morale et légale sur le voyeurisme. Michael Wolf, dans la grande rétrospective de 2017 à Arles (Lire Voir et Dire>>>) avait multiplié les photos de grandes façades actuelles colorées, ou grises, à Hong Kong et Chicago, non pas en tant que photographe d’architecture, mais en tant qu’anthropologue : comment les humains peuvent-ils résister à la violence de cette nouvelle urbanisation, vivre et travailler dans un tel cadre urbain ? L’œuvre de Michael Wolf a la même densité de vérité sociale que les clichés d ‘Eugène Smith. On se rappelle aussi de la merveilleuse exposition au Jeu de Paume de Josef Sudek (1896-1976),« Le monde à ma fenêtre », c’est-à-dire entre autres son jardin, sa cour, sa ville de Prague : une plongée dans un univers intime, poétique, mélancolique.

Valérie Simonnet. Si près, si loin. Extrait de "Ma vie en 16/9" mars 2020 from Voir & Dire on Vimeo.

Avec Valérie Simonnet, on est dans le frontal et non dans le latéral qui, lui, joue sur la porosité entre l’intérieur et l’extérieur, tel que les peintres l’ont largement développé. La photo est ici cadrée par le cadre même de la fenêtre, comme si le spectateur se trouvait à l’intérieur d’une caméra. Les cadres en aluminium des fenêtres fonctionnent comme une mise en abyme : des moulures modernes de photo sans marie-louise et intégrées dans la photo même.

La photographe ne s’intéresse pas à l’immeuble, dont on ne sait rien, mais aux fenêtres individuelles, à l’humain qui est derrière. Elle s’approche de lui avec douceur et tendresse, comme son autre.
Le sujet des photos est la femme et l’homme en situation de confinement, non pas observé comme des cobayes, mais regardés comme des humains à l’arrêt ou presque qui expriment leur pensée du moment avec leur corps et leurs gestes. Ce sont ceux du spectateur à un moment de sa vie.

La vitre et le voilage sont essentiels : ils jouent le rôle de filtre dans l’intimité des sujets, de mise à distance et de respect.
L’éclairage et la couleur de la photo sont ceux choisis par le sujet pour son cadre de vie. Ce n’est pas la photographe qui les construit en studio, elle accueille ce qui est témoigné de l’intérieur (matériel) des sujets.
Les visages et les corps sont petits par rapport à l’ensemble de la photo, il faut les chercher du regard, les distinguer. Le spectateur fait attention à l’autre photographié, à la fragilité de l’image qu’il donne de lui, sans le savoir. Il aurait pu être lui-même sujet.

Un cliché, quelle que soit la vitesse de déclenchement de l’obturateur, est une capture du moment. Mais les photos de Valérie Simonnet présentent des temps intérieurs qui ne se mesurent pas, des temps suspendus dans lesquels sont lovés ou accrochés les sujets avec leurs pensées les plus intimes.

Une œuvre belle et fascinante est en train de se construire, une œuvre qui parle à tous ceux qui vivent la réalité du confinement, de sa pesanteur mais aussi de la découverte de soi-même.

Si loin, si près.

Jean Deuzèmes


Site de l’artiste

Valérie Simonnet visite les musées, V&D a fait écho à ses photos :

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