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Street Art. Les œuvres de l’église Saint-Merry



L’art urbain, ou Street Art, peut-il trouver sa place dans une église ? En présentant les œuvres exposées, Saint-Merry répond positivement et contribue à la reconnaissance de cet art sans en altérer les principes.

En invitant des artistes du Street Art du 13 au 18 juin 2016, le Centre pastoral Saint-Merry se posait quatre questions.
-  La liberté des artistes à s’emparer des murs de la ville pouvait-elle être altérée par l’invitation d’une communauté de croyants fixant des règles minimales ?
-  Cette forme d’art aux formes très variées peut-elle dialoguer ou s’affirmer face à un patrimoine religieux composite ?
-  En proposant que des œuvres soient produites dans l’église ou à proximité, le lieu était-il un poids dans l’inspiration des artistes ? Comment la subjectivité des artistes se rendait-elle publique ?
-  Le regard sur le Street Art des personnes ayant traversé Saint-Merry serait-il changé ?

Les réponses positives à ces questions se lisent implicitement dans l’une des cinq affiches proposées par les communicants qui se sont pris au jeu.

Loin de l’excitation des foires d’art contemporain, Street Art s’est déroulé dans une ambiance sereine, sérieuse et décontractée à la fois, chacun semblant parfaitement à sa place. Par leur parole ou leurs attitudes, les artistes ont affirmé que l’espace de cette église était compatible avec leur liberté, leur impertinence native, leur culture, leurs choix esthétiques, leur personnalité, voire était source d’inspiration. D’une manière étrange, les regards réciproques des artistes, des « paroissiens », souvent d’un certain âge et des passants ont changé, alors qu’on aurait pu craindre de la réserve voire du rejet.
En se refusant de donner un thème aux artistes, en se contentant de donner des œuvres à voir afin que les visiteurs s’enrichissent et réfléchissent ensemble, cette église n’a manifesté aucune velléité de récupérer cet art, ou pire de l’instrumentaliser.

Visionner le film de l’événement. Les artistes commentent eux-mêmes leurs œuvres.

La mise aux enchères des œuvres. jusqu’au 18 juillet

Cette exposition est révélatrice de quelques points forts, autant d’évidences pour ceux qui connaissent ce courant de l’art.(Dossier à déplier)

Le Street Art ne peut se réduire à un art de la révolte. Il est infiniment riche et divers, avec des pépites et des œuvres plus faciles, voire inabouties.
-  Produire devant un public, dans l’église ou à l’extérieur, a valeur de reconnaissance et de considération chez les artistes, un bâtiment religieux semble ainsi leur donner une « onction » sociale bien différente de celle de l’exposition en galerie. Simultanément, chez les spectateurs voir un artiste peindre, notamment sur des panneaux accrochés aux grilles, est synonyme de spectacle ou de performance et accroît l’intérêt qu’ils ont pour les œuvres, du fait même qu’ils passent plus de temps à les regarder ensemble. Les allées et venues permanentes entre l’extérieur et l’intérieur, les phénomènes de petits attroupements et les multiples photos ou selfies en sont le signe. Street Art était bien plus qu’une exposition de toiles parfois impressionnantes.
-  Les artistes de ce courant aiment le défi jusqu’à relever celui d’une institution qui occupe une place très différente des espaces convenus que sont le musée ou la galerie. La Charte à signer a bien joué son rôle de clarification des positions des organisateurs et des exposants.
-  Ces artistes ont immédiatement compris le lieu et l’esprit de ceux qui l’animent, d’où cette légèreté et cette douceur d’ensemble, ce mélange d’ironie dans la manière d’accrocher et de connivence avec un environnement esthétique conçu avant tout pour prier, célébrer et accueillir des personnes en quête d’autre chose que de biens de consommation ou de divertissement.
-  Le Street Art n’est pas simplement un art de l’improvisation ou de la jouissance esthétique ; la qualité des œuvres produites montre que les artistes ont une très grande culture et savent exprimer leurs références. Un cadre d’église ne leur est pas une contrainte pour formaliser des innovations, certains artistes avançant dans leur propre art, tandis que d’autres revisitaient leurs standards ou leurs vieux pochoirs.
-  La question du religieux ou du spirituel est revenue bien plus souvent qu’on pouvait l’attendre. Si certains sont croyants, comme Jérôme Mesnager, et font du religieux un sujet, beaucoup manifestent que la question du spirituel ou de l’engagement sur des valeurs communes avec les croyants sont des éléments essentiels de leur quotidien de créateur. Mais les codes d’expression visuelle sont d’une telle diversité et si nouveaux, comme les trois œuvres de Akiza, ou complexes pour un néophyte que leur décryptage avec l’artiste était nécessaire, et entraînait le plaisir d’un échange authentique avec le passant.
-  Une chose très étonnante est apparue à l’occasion d’un enterrement célébré dans la nef. Comme il était impossible de décrocher des œuvres monumentales pour une cérémonie de deux heures, il a été proposé de présenter à la famille ce cadre très spécifique. Tout s’est déroulé ensuite avec simplicité. La famille et les amis ont entouré le défunt devant la grande fresque de Jérôme Mesnager, Le jugement dernier, et la remarquable œuvre du Collectif LeMouvement, un vitrail sur la joie de vivre. Le Street Art est de l’art, comme les autres œuvres et peut apporter sa part de sens dans un événement religieux.
-  Si le Street Art s’empare de la ville, de ses murs, de ses espaces publics pour se rendre visible, à Saint-Merry, les conditions généreuses d’accueil des artistes, certains produisant plusieurs œuvres, sont à l’origine d’une sorte d’explosion visuelle urbaine, Saint-Merry devenant progressivement une « micro ville » décorée d’une multitude d’œuvres élaborées sur plus de cinq cents ans. Mais cet excès n’a pas été à l’origine d’une sensation de débordement : la taille commune d’un grand nombre de toiles et le système d’accrochage ont en effet introduit de la régularité ainsi qu’un cadre de cohérence. Alors que Saint-Merry n’a pas étouffé l’esprit de liberté du Street Art, des rapprochements inattendus, quoiqu’évidents après coup, sont apparus : bien des fresques d’église ne sont autres que du Street Art d’un autre siècle, cependant produites dans un tout autre esprit : l’ordre induit par la commande religieuse et la référence à d’autres codes de la représentation (le gothique tardif, le Rococo, le piétisme janséniste ou du XIXe). Avec le Street Art, l’imaginaire et la subjectivité de l’artiste jouent un rôle prépondérant.

Les œuvres des artistes invités

Jérôme Mesnager. Le Jugement dernier.

Peinture
Cette immense œuvre, rarement montrée du fait de sa taille (3,20 x 7,40 m), réinterprète le chef-d’œuvre de Michel Ange avec les codes bien connus de Jérôme Mesnager, les silhouettes blanches. Cette simplification à l’extrême, un fond bleu et des personnages en blanc, d’un tableau qui comporte plusieurs parties (haut : les élus /bas : les damnés) valorise la dynamique d’ensemble et la diversité des positions des corps et s’intéresse essentiellement à la partie supérieure du tableau de référence, les élus. Sans nul doute cette œuvre est un chef-d’œuvre de l’artiste du XXIe, qui se révèle très à l’aise dans les codes de l’art religieux comme l’atteste une toile mise en vente, Crucifixion.

Collectif LeMouvement. Joie de vivre
Impression sur toile
Cette toile immense elle aussi (8 x 5,20 m) a été produite en tenant compte du lieu : un échafaudage nécessaire pour la réfection des vitraux et recouvert d’une toile blanche. Elle exprime la quintessence de l’esprit Street Art : relever les défis des murs, apporter de la couleur, pratiquer l’ironie et donner tout à la fois du sens et du plaisir à celui qui regarde.
Joie de vivre a été construite comme un vitrail, avec des personnages qui jouent des saynètes fortement ordonnées, avec symétrie et orientation vers une petite rosace. Les saints ont été remplacés par une population joyeuse, incarnant bien la diversité (hommes/femmes ; blancs/personnages de couleur) de la classe créative d’une métropole contemporaine. Cette œuvre est une sorte d’autoportrait de ce collectif d’artistes, une bande de copains très libres qui aiment s’amuser, la présence des parapluies de couleur étant la signature de ce groupe utilisant la technique du collage peint après-coup afin de l’insérer dans le contexte.

Cette toile profondément originale peut renvoyer aux œuvres de Gilbert et Georges, car il existe des analogies fortes : un maillage d’œuvres fort grandes (un carroyage régulier de carreaux de photographie), une référence constante aux effets de vitrail, des personnages qui habitent dans un rayon très court du domicile des artistes (les membres du collectif habitant le 4ème arrondissement comme les personnages photographiés). Mais elle s’en différencie fortement, car elle est moins égocentrique (Gilbert et Georges occupant la part principale de chacune de leurs œuvres), moins politique ou scabreuse, bien plus légère et drôle, conviviale et altruiste. Ce n’est pas une peinture de classe sociale ou d’engagement, mais une incitation à la joie de vivre, une ode contemporaine à l’amour et à l’amitié. Le titre l’exprime parfaitement. C’est un vitrail que le cinéaste Jacques Demy (Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort) aurait probablement aimé ! Un hédonisme visuel adapté à un espace d’église.

Mr Zé (Felix Rodriguez Fernandez), artiste du groupe des Calligraphitti Ambassadors. Allez
Peinture sur toile
Cette toile elle aussi immense (8 x 5,20 m) est la symétrique de la précédente dans la nef. Elle a été faite par l’un des 50 membres d’un collectif réparti dans le monde entier qui ont en commun un goût et un talent pour l’écriture, jusqu’à fusionner le graffiti et la calligraphie. Quand un lieu d’invitation est connu, les artistes les plus proches ou les plus intéressés répondent et travaillent séparément ou côté à côte. Pour Street Art in Saint-Merry, trois ont répondu : Mr Zé et Dee ont produit des œuvres monumentales et deux autres toiles plus modestes (1,60 x 1,60 m) tandis que Kens s’exprimait seulement dans ce dernier format.
Allez, dont le titre éponyme est un mot peint dans la partie basse, est une œuvre hybride. Dans la partie haute : un collage de visage d’un enfant qui symbolise l’innocence et dont le regard porte sur les spectateurs ou les personnes rassemblées pour une messe. Autour, une sorte d’auréole flamboyante qui est une référence explicite à l’un des chefs d’œuvre de Saint-Merry, la Gloire dorée (Frères Slodtz- 1753). Dans la partie basse, des mots ou expressions typiques des origines du Street Art, mais dessinées ou peintes avec des références complexes à certaines publicités. Cette œuvre, « So Street Art » pourrait-on dire, est ironique, savante et malicieusement insérée dans une église Allez reprenant « le fameux Ite Missa Est » signifiant « Allez, la messe est dite ».

Dee, artiste du groupe des Calligraphitti Ambassadors. « La conviction créée l’évidence » & « Évidence ».
Deux toiles peintes ( 2,1 x 5,4 m et 5,4 x 2,1m) et encre
JPEGProduites à la taille de l’espace particulier choisi par l’artiste, l’envers de l’échafaudage, ces deux œuvres sont mises en scène superbement et révèlent la maîtrise technique de Dee, puisant une phrase chez Proust, écrite dans un cursif début XXe, qui va lui servir à étayer une réflexion artistique dont la valeur dépasse le champ de la littérature et qui interpelle de fait le spectateur.
- « La conviction crée l’évidence » est une toile horizontale symétrique : « Le témoignage des sens est une opération de l’esprit où la conviction crée l’évidence » traduit une réflexion visuelle sur le lien entre ces deux notions.
- « Évidence » est au contraire verticale, elle s’inscrit dans l’ombre d’un crucifix de bois, et n’est que le titre de l’œuvre. Cette calligraphie se lit si l’on en fait l’effort et devient alors évidente. L’œuvre étonnamment riche devient performative !

Kouka. Christ
Sac de frappe de boxe peint.
L’installation peut dans un premier temps apparaître comme iconoclaste et faire partie des œuvres qui font scandale (Lire article Voir et Dire). Il n’en est rien et la proximité d’un bronze de Saint-Merry, Le Christ aux outrages de Pierre de Grauw (1975), est judicieuse.
Cette œuvre traduit dans un premier temps la religiosité, voire la superstition, dans les sports où la vie est mise en danger (tauromachie, boxe, etc.). Mais elle est aussi une interprétation de la passion du Christ, temps de sa vie où il avait été non pas boxé, mais fouetté et torturé, les artistes ayant l’habitude de le représenter avec un visage tuméfié, comme celui d’un boxeur vaincu.
Mais en fait cette œuvre est un défi au spectateur : accepterait-il de taper dans un tel sac ? S’il le faisait, il serait dans la même posture que ceux qui ont conspué ou flagellé le Christ.

13bis. Sans titre ; deux œuvres
L’artiste (femme ou homme ?) souhaite garder l’anonymat et pratique son art dans l’invisibilité, pour Saint-Merry la nuit, église fermée.
13bis revisite le mouvement Dada, en allant puiser dans des gravures ou des photos du XIXe. Dans une grande œuvre, dont on ignore la technique de fabrication et qui épouse les contraintes de l’espace – une grande arche au verso de l’échafaudage –, on distingue trois parties qui se répondent ou s’interpénètrent. Le visage féminin, occupant la partie supérieure, est explicitement celui d’une statue grecque dont les yeux laissent couler des cascades de pleurs alimentant un océan. En bas à gauche, un petit groupe provenant d’une autre gravure et symbolisant la famille. Derrière, un squelette et un crâne comme dans les Vanités. Cet immense collage utilise sciemment des références à la codification du religieux : le haut est dominé par la figure de la Vierge compassionnelle, le bas abrite l’unité familiale apparemment heureuse, mais derrière l’horizon de la mort. Après-coup, cette œuvre est d’une actualité criante avec les noyades des familles de migrants au large de la Grèce et de l’Italie, et des mouvements de solidarité qu’ils sont suscités dans les église
• Aux quatre vents du ciel, l’autre grande œuvre exposée [1] et à vendre aux enchères, est un collage encadré d’une précision extrême : la photographie XIXe d’une femme allongée, incrustée dans des gravures représentant un tapis/couverture de cheveux truffés d’yeux et d’oreilles qui flottent. La tonalité surréaliste de l’œuvre fascine. Comment aussi ne pas évoquer la Vénus de Cabanel, en plus pudique, moins mythologique et portée par l’inconscient ?

C215. Diptyque
Photographie et peinture acrylique encadrées
Ce maître du Street Art de renommée internationale utilise le pochoir à toutes les échelles, des murs immenses aux pièces les plus intimes.
Il a dessiné, autrefois, le visage d’une Vierge priante sur la porte d’une chapelle désaffectée. Pour l’exposition, il propose une photo de son œuvre sur l’espace public, comme tout artiste du Street Art, puis une peinture au pochoir, de format réduit par rapport à l’original avec une technique épurée, mais dans les nuances gestuelles des peintres classiques.

David Mesguich. Sans titre
Bombe acrylique et marqueur. Toile encadrée
Cet artiste très connu du Street Art pratique aussi la sculpture pour les espaces publics. Homme engagé et travaillant notamment avec les personnes emprisonnées, il a réalisé pour Saint-Merry une toile aux références multiples, de couleurs alors qu’il travaille la plupart du temps en noir et blanc. La force de cette œuvre tient à la complexité des références ou des rapprochements possibles.
Alors qu’on pourrait la considérer au premier abord comme appartenant au courant des super héros (type Spider-Man), cette œuvre est ancrée dans une autre tradition, celle de l’engagement : la figure féminine est à la fois celle d’une migrante fragile (les traits ne couvrent pas tout le visage) à l’avenir incertain, mais aussi celle d’une Vierge d’église. La couleur introduite par l’artiste est un signe d’espoir.
La composition par plans triangulés relève des fondamentaux de la peinture la plus classique, mais traitée sur un mode contemporain, celui utilisé aussi en informatique industrielle pour décomposer les formes. Le volume créé par la simple juxtaposition des plans peut être lu comme une révérence à Cézanne — les formes élémentaires agencées par la couleur pour exprimer la forme— ; il n’est pas éloigné du constructivisme générique à la Xavier Veilhan dont le projet est de trouver un langage plastique universel.
Le nombre à demi caché en fond de tableau, 79, est la date de naissance de l’artiste. La toile apparaît donc comme un hybride de signature et d’autoportrait conceptuel, l’artiste se faisant proche du migrant.
David Mesguich a une culture immense et la met au service d’un projet qui n’est pas qu’esthétique.

Codex urbanus.
Animaux et personnage découpés et peints de tailles diverses
L’artiste s’est créé une image de paléontologue et de spécialiste des poissons et bêtes des abymes, alors que ce ne sont que des animaux imaginaires dessinés à partir de gravures anciennes ; en les apposant sur les murs urbains, il ouvre des fenêtres sur des cabinets de curiosité virtuels ou des classifications zoologiques réjouissantes et cocasses. On ne peut s’étonner de le voir invité par les musées à ponctuer des expositions très sérieuses.
Pour Saint-Merry, il a saisi l’opportunité d’un filet assurant la sécurité contre la chute des pierres pour évoquer la pêche de manière truculente : une petite colonie de poissons est poursuivie par un prédateur. Le buffet d’orgue est en outre apparu comme une paroi ayant une valeur plastique propice à une autre facétie : il a glissé la figure d’un DJ, casque sur la tête, au-dessus de la place de l’organiste, qui est alors identifié à ce meneur de foules par le son. Cette analogie réellement ancrée dans la liberté ironique du Street Art et qui se joue du mur que sont les tuyaux d’orgue est juste sur le fond : un organiste improvise et enchaîne, la puissance musicale qu’il gère peut être extrême. Dans son projet, il avait même envisagé une crosse d’évêque à côté du DJ !

Akiza. Sans titre
Peinture sur pochoir à usage unique, deux toiles mises à la vente aux enchères. Les artistes ont proposé au dernier moment une autre toile fascinante dans une perspective différente : S/M (comme Sur Moi) qui sont, selon leur dire, aussi les initiales de Saint-Merry ! Leur connivence avec le lieu se double d’un humour au deuxième degré.

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Akiza. Foi

Ces deux grandes toiles (4m x 1,85m), constituent une petite série d’une complexité inouïe [2] et utilisent tous les codes construits par les artistes : le noir et blanc, des arabesques japonisantes, une tête de poupée lunaire stylisée et immuable, dénommée Akiza, mais qui peut être utilisée comme moyen d’expression dans toutes les situations.

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Akiza. Compassion

Akiza est en fait plus qu’une image devenue signature d’un duo d’artistes, c’est un concept -comme on dirait d’un concept store- décliné sur les vêtements, les objets, les espaces décoratifs, et même une galerie qui accueille d’autres artistes ! Les œuvre réalisées spécialement pour Saint-Merry sont exceptionnelles par leur virtuosité.
Pour Saint-Merry, Akiza a choisi deux murs face-à-face pour exprimer une quête spirituelle, sans préciser un contexte religieux précis. Les titres ne laissent aucun doute sur ce qui les motivations profondes de ces artistes. Mais la perfection technique côtoie un symbolisme auquel le visiteur est peu habitué, et qui n’est pas sans rappeler les tableaux ésotériques du début du XXe siècle.
La première, Foi, avec sa tête seule placée en hauteur et l’enchevêtrement de lignes en-dessous jusqu’au sol, exprime le désir d’élévation par la foi, empêché par les multiples doutes qui sont autant de vrilles et de vortex.
La seconde, Compassion, exprime l’aide et la compassion et se présente avec moins de tourmente intérieure .

Agathon. Crucifions Agathon & Savoir vivre avec ses adieux
Peinture. //
Agathon est une figure emblématique d’un courant du Street Art issu de la Figuration libre des années 80 : autodidacte, énergique, imaginative, coloriste débridée, convaincante. Elle dessine tout sur tout à l’aide de traits noirs épais. Son corps tatoué est aussi une toile où se lit la même rage de vivre.
Si elle donne l’image d’une révoltée par ses dessins expressionnistes de crânes qui vous regardent, elle est aussi capable d’offrir des paysages de jungle hauts en couleur.
Pour Saint-Merry où elle est venue accompagnée de ses amis pendant toute la réalisation de « Savoir vivre avec ses adieux », elle a proposé une autre toile grand format très personnelle, « Crucifions Agathon [3] ». Les titres comme ses toiles sont des cris de douleur ou des autoportraits clamant la dure réalité d’un Street Artiste aujourd’hui [4]. Agathon est sans concession avec elle-même, ce qui rend ses œuvres si fortes. Les couleurs, les animaux et les végétaux en auréole autour des têtes de mort aux dents dorées témoignent de son désir de vivre et d’être artiste jusqu’au bout. Elle invite le spectateur à l’introspection.

Skio et alii. Âme sans cible
Dessin, peinture et encre.
Cette toile de grande dimension (2,50 x 7m) est en fait une œuvre collective à 8 mains (Skio, JB, Ciow et Anne Brunet) qui ont enchevêtré leurs dessins et leur imaginaire. Une multitude de saynètes émerge dans une tradition fort récente du dessin de la fin des années 2000. Il n’y a pas de véritable narration, mais une partition jubilatoire dans l’esprit des cadavres exquis des surréalistes. Lire un article de Voir et Dire sur deux artistes de la même veine.

Matthieu Fappani. Dialogue intérieur
Peinture, vernis, dessin, et copies laser.
//Pour la mise aux enchères, l’artiste propose
Cet artiste venant de Toulouse est un bel exemple de ce rapprochement du Street Art et de la grande peinture figurative. Pour Saint-Merry, il a choisi la façade arrière banale et fonctionnelle du petit orgue de chœur. Il a conçu une toile comme un véritable mur souple qu’il est venu apposer à des menuiseries opaques. Il a donc rétabli les conditions d’un mur nécessaire à son art en y mettant, tel un artisan, des enduits successifs très étranges : une toile de lin, un carroyage de papiers photocopie laser, des collages, puis il les a peints, vernis, grattés, repeints comme un artiste du sgraffiti baroque. Le résultat formel est éblouissant puisqu’il produit toute une gamme de glacis au service de son sujet : deux hommes en cravate, face-à-face, leur visage, déformé comme dans la grande tradition surréaliste, ressemblant à une langue. Car c’est de l’interrelation et de l’identité dont traite l’artiste, des difficultés de communication, le tout dans les couleurs sourdes et familières de certaines œuvres classiques d’église.
Le Street Art devient grand art et, avec Matthieu Fappani, trouve un environnement culturel et spirituel qui vibre, à Saint-Merry, dans les mêmes harmoniques.

Softtwix. N°24
Photographie Noir et Blanc imprimée sur papier puis marouflée sur tissu tendu.

Softtwix est une photographe qui photographie le visage de femmes, puis travaille les tirages avant de coller des grands formats de 2 x 2 m dans les espaces publics, qui vont interpeler les passants par l’intensité du regard.
Tous ses visages sont différents (d’où le titre, car chaque individu est unique et repéré par un numéro) mais gardent le même niveau d’intensité de regard.

Pour Saint-Merry, Softtwix a choisi un visage beau, mais cependant altéré par le temps, ce qui est une métaphore de la vie avec ses réussites et ses blessures. Le N&B accentue la force de la rencontre avec le spectateur, car le regard porté à hauteur des yeux est fascinant et laisse ouvertes toutes les questions sur soi ou le sujet photographié. En dessinant un cadre qui est l’exacte duplication du cadre de la toile du XIXe au-dessus, l’œuvre de Softtwixx se fond dans l’existant comme si elle préexistait de longue date. Le temps de cette photo condense une vie, comme celles de Brassai disaient la ville en cherchant les scarifications de la pierre. L’ombre de Lévinas et de sa symbolique du visage plane sur cette œuvre.

Ogreoner.
Peinture acrylique.//
Cet artiste a relevé le même défi que Softtwix : s’inscrire en-dessous d’une œuvre religieuse pesante du XIXe, "Saint-Charles Borromée donnant la communion aux pestiférés" par Guillaume-François Colson, 1819. Il l’a traitée sur un mode totalement différent, c’est-à-dire en revisitant une figure de l’histoire sainte, mais ouvertement façon Street Art :
« Il s’agit de Marie Madeleine. Elle tient ma lettre O du pseudo Ogre. mais elle regarde la scène en le tenant près d’elle comme son enfant, comme une protectrice. Elle est entourée d’autres O’s la protégeant des médisants. Marie Madeleine a longtemps été sujet à polémiques et la peindre dans l’Eglise de Saint-Merry avait une signification toute particulière. »

Ce projet original où l’artiste, sûr de lui et de sa technique, introduit un signe de lui-même, est proche dans l’esprit de la toile David Mesguich. Si Softtwix, avait reproduit le cadre du tableau qui le domine pour légitimer son voisinage artistique, Ogreoner utilise un autre procédé. Il a donné à sa Marie Madeleine un visage formellement proche de la pestiférée, mais en bien plus vivant. Si le regard épuisé de la première s’oriente vers le sol, la seconde peinte dans des tonalités plus éclatantes semble regarder la précédente dans une posture de mystique, des Ovni oranges tournoyant autour d’elle. Curieusement, cet imaginaire de l’artiste rencontre celui du chef d’œuvre Rococo de Charles Coypel, immédiatement à côté, qui est truffé de Putti, ces petits anges réduits à la tête et aux ailes. On peut sourire que inconsciemment, l’artiste avec ses initiales se pare des traits d’un ange !

Il y a ainsi de la tendresse, ironique et respectueuse dans cette approche flashy. Ogreoner ne cache pas son jeu : il s’affirme Street Artiste jusque dans la confrontation avec un sujet religieux.

Jean Deuzèmes

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[1En effet, l’artiste a proposé en outre deux plus petits collages à la vente.

[2Il faut 24 heures de travail à deux pour concevoir un tel travail…

[3L’artiste ne pouvait pas savoir qu’une autre artiste, Camille Goujon, aussi hypersensible qu’Agathon, avait choisi le même endroit pour projet la vidéo « Cruci Fiction ».

[4« Ecorchée vive ! Ta sensibilité à fleur de peau te tuera à petit feu…Si bouffer de la vache ENRAGEE faisait grossir, je serais énorme !!! » a-t-elle écrit en bordure de « Crucifions Agathon »

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