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Olivier Balvet. PASSION



Un récit en peintures : le cri des peintres, des poètes et des témoins. Une approche visuelle et écrite, libre dans l’art concret. Une découverte. Exposition à Saint-Merry < 10 avril 2019

PASSION est un ensemble composé de 18 peintures acryliques sur toiles de 80x80cm et de 2 triptyques de 80x160cm, qui n’a été présenté qu’une fois, et encore de manière incomplète, en 2012/2013 dans une église d’un village du Rhône [1]. Construit sur les principes formels du chemin de croix, il s’en distingue de multiples manières.

L’artiste est singulier.
Né en 1937, Olivier Balvet est un inconnu des milieux artistiques. Il revendique sa liberté, jusqu’à défendre une position d’artiste amateur et discret. Depuis qu’il a achevé cette œuvre, il a arrêté de peindre ; PASSION peut se lire comme l’œuvre ultime d’un homme.
On a dû beaucoup insister pour qu’il accepte d’accrocher ses toiles à Saint-Merry, une église trop passante à ses yeux ! Les mettre dans le transept à la place des retables du XVIIe en restauration ne faisait pas partie des ambitions de cet humaniste, engagé dans des causes que l’on ignore. Cet homme social et généreux existe bien, mais il n’a pas de CV à montrer !

Autre trait peu commun, il a passé sa vie professionnelle dans le monde de l’électronique de l’aviation, mais il a toujours vécu entouré d’ouvrages sur l’art, de tous les siècles, et de recueil de poésies
Ce matheux, homme de grande culture, ne peut cependant cacher son appartenance au continent de la peinture concrète, dont les adeptes de l’abstraction géométrique ne sont qu’un groupe parmi bien d’autres [2]

Pour PASSION, des tableaux à l’esthétique exigeante, il a tout prévu jusqu’au livret et à la typo mêlant des citations de poètes à ses propres réflexions sur la passion chez les artistes et dans les Textes.

Olivier Balvet est un homme du lien, dont les maîtres dans l’art sont multiples et la pensée toujours actuelle : « Que chacun soit libre de voir d’abord dans cette œuvre la PASSION du Christ ou la PASSION de l’Humanité […] de l’Homme d’aujourd’hui, exilé, ignoré, supplicié, torturé, déshumanisé, exécuté, anéanti, éliminé.

Une construction esthétique de grande rigueur

Olivier Balvet a conçu un accrochage en 6 blocs d’une rigueur imparable, dont la base est le tableau carré de 80x80 cm, format exprimant la perfection et la stabilité, la terre et la modernité permanente.

Quatre blocs sont installés au-dessus d’autels du XVIIIe. Chacun est formé de quatre tableaux, très légèrement espacés pour respirer et conter leur propre histoire, autonomes mais reliés aux autres par le récit et le montage.
Les deux triptyques n’échappent pas à cette logique géométrique, mais ils relèvent aussi de la tradition de la peinture religieuse, dont Grünewald est une référence fondamentale pour Olivier Balvet.

Cette rigueur de la pensée se déploie dans les éléments d’une peinture dense, austère et dépouillée : des rectangles et des traits parfaitement rectilignes, dans une gamme très réduite de couleurs : blanc, gris et noir, celles d’ailleurs de Mondrian. Quel contraste avec les éléments décoratifs de l’église, la peinture classique, le rococo, la peinture figurative et prédicatrice du XIXe !

D’autres accrochages étaient possibles : un assemblage complet comme la célèbre Composition murale de Serge Poliakoff, sorte d’iconostase laïque (lire analyse de V&D >>>), ou à l’opposé sous la forme d’un chemin de croix traditionnel et méditatif, comme lors de son premier accrochage de 2013.

La forme choisie et pensée dans le détail pour Saint-Merry n’est pas dissociable de l’organisation écrite de son livret : six ensembles de commentaires d’une histoire commençant par un repas entre amis et se terminant 50 jours plus tard, la Pentecôte, auxquels l’artiste accole des extraits poétiques :
• Le dernier jour
• La condamnation
• Des rencontres
• La mort
• La vie
• Et après...

Un style distinctif

L’artiste a développé pour cette œuvre unique un style très spécifique avec ses tonalités, ses traits et l’orientation de ses bandes. À demi-mot, il murmure que, en art, sa mère pourrait être Maria Helena Vieira da Silva, cheffe de file du paysagisme abstrait, et son père, Jacques Villon, dont on a vu des chefs d’œuvre dans la récente exposition Cubisme au Centre Pompidou. Par sa rigueur plastique, il affirme être dans ce sillage centenaire ; en fait ses vraies racines sont ailleurs, dans l’art concret dont Mondrian est l’un des pionniers avec sa propre recherche de modification de la représentation du monde . On pourrait aussi associer Olivier Balvet à ceux qui ont suivi la voie spiritualiste de Geneviève Asse se restreignant à des bandes et des traits bleus, ou encore à ceux qui ont adopté la sérialité d’Aurélie Nemours utilisant des lignes horizontales et verticales, dans de véritables recherches géométriques colorées. Les grands rectangles en aplat de Jean-Pierre Pincemin, par lesquels il a revisité dans les années 70 la peinture classique tient trop de la déconstruction systématique portée par le mouvement Support-Surface, pour que Olivier Balvet s’y reconnaisse.

On serait surtout tenté d’associer PASSION aux quatorze toiles abstraites de Barnett Newman, « The Stations of the Cross : Lema Sabachthani » (1958-1966). Or Olivier Balvet ne connaissait pas encore ce bel ensemble du maître américain lorsqu’il a commencé son propre travail [3] !

Olivier Balvet ne peut nier ces rapprochements possibles, mais il en demeure éloigné. En effet, il ne revendique aucune radicalité formelle ; il rejette le conceptuel, trop intellectuel à ses yeux ; ses toiles ne sont pas abstraites ; il ne respecte pas le langage du minimalisme et ses tableaux sont pleins.
Sa peinture pourrait se prévaloir d’appartenir à l’art concret, mais elle s’éloigne de son Manifeste [4]
(1930) dans la mesure où PASSION est narrative et est construite sur un acte de foi. Elle est simplifiée à l’extrême, fortement structurée, construite et se revendiquant comme figurative, ce que rejettent les signataires du Manifeste, avec ses rectangles et ses couleurs correspondant à des codes précis de personnages ou d’attitudes dans les textes cités.
« Le blanc représente le Christ, l’Humain et la Vie, notre empathie et notre espérance, le noir l’Obscurantisme et la Mort, notre aveuglement, les divers gris sont à l’image de nous-mêmes, versatiles, écartelés entre la Lumière et l’Obscurité. »

L’artiste ne peut cacher sa culture mathématique et son goût pour une technicité rigoureuse. Il est dans la correspondance entre le visuel et le textuel.
Ses blancs, ses gris et ses noirs pourront paraître tristes à certains et pourtant ils ne le sont pas. Ils dansent et expriment les multiples composantes de la vie et de la relation humaine, avec ses richesses, ses joies et son tragique. Les textes de commentaire et les poèmes les font résonner.
Humaniste et spirituelle, la peinture concrète d’Olivier Balvet peut être perçue comme une série narrative, avec ou sans les textes. Son esthétique figurative et simplifiée recherche l’essentiel ; elle vise à transmettre une émotion, non débordante, cadrée par les limites mêmes des tableaux, loin de la peinture colorée du all over.

L’artiste souhaite faire don de cette œuvre unique à une institution capable de la montrer dans un espace adapté au sens qu’elle promeut. Voir et Dire relaie cette proposition.

Les textes accompagnant les œuvres :

Commentaires et extraits poétiques (à déplier)

PASSION : cris des témoins,
des peintres, des compositeurs et des poètes

La PASSION du Christ est la PASSION de l’Homme d’aujourd’hui, exilé, ignoré, supplicié, torturé, déshumanisé, exécuté, anéanti, éliminé.
GRÜNEWALD a peint la PASSION d’un Christ affecté du mal des ardents, PICASSO le peuple de Guernica, MUSIC les camps d’extermination... mais qui a peint Hiroshima et Nagasaki, les goulags de Sibérie, les génocides du Cambodge ou du Rwanda, les guerres du Biafra ou du Vietnam... ?
BACH a composé la PASSION du Christ, BRITTEN un requiem de guerre, CHAMOUARD les drames de Sarajevo et de Halabja... mais qui a composé un requiem de l’Algérie ou de la Syrie... ?
Le poète a clamé la PASSION de l’Humanité avec des cris d’amour, des cris face à la haine, au désespoir, aux rejets, aux tyrannies, aux violences.
C’est au poète que nous faisons appel, car il a su nous rendre témoins de toute PASSION. Grand merci à lui d’avoir crié pour nous réveiller.
Mais on ne dira pas : c’était en des temps de ténèbres, On dira : les poètes, pourquoi se sont-ils tus ? Bertolt BRECHT
Dans les toiles réalisées ici le blanc représente le Christ, l’Humain et la Vie, notre empathie et notre espérance, le noir l’Obscurantisme et la Mort, notre aveuglement, les divers gris sont à l’image de nous-mêmes, versatiles, écartelés entre la Lumière et l’Obscurité.

Que chacun soit libre de voir d’abord dans cette œuvre la PASSION du Christ ou la PASSION de l’Humanité.

Le dernier jour
Le dernier repas... C’est au cours d’un repas entre amis que se dit ce qu’on a au fond cœur. L’apôtre Jean a rapporté ce que le Christ a dit au cours de cette soirée, dénonçant haine et trahison, appelant à l’amour.
Abandonné de tous, il le fut par ses proches, par nous, soumis à l’ordre public à en devenir complices, le laissant comme tant d’autres entre les mains du pouvoir qui n’admet pas des voix discordantes comme l’ont été de tout temps celles des prophètes.

La passion du Christ n’est pas une révolte, mais la condition humaine. Barnett NEWMAN

Nous avons devant nous des jours difficiles. Mais peu importe ce qui va m’arriver. Car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Martin Luther KING

Tous ceux qui m’entendent oseraient m’approuver, si la crainte ne leur fermait la bouche. SOPHOCLE

Boire la nuit …jusqu’à la lie
Avant que pousse
…l’arbre du jour.
François CHENG

Ce garçon va mourir très vite . Le verbe le dévore et l’amour le poignarde. Marc ALYN

La condamnation
La condamnation d’un juste est celle de l’humanité entière. Des justes sont condamnés chaque jour à huis clos puis exhibés pour l’exemple à la une des médias.

Ce n’est qu’un jeune échevelé, écervelé, contestateur, terroriste, schizophrène, fauteur de troubles, homosexuel... qu’il suive son chemin là où des rêves de jours meilleurs l’ont conduit. « Il l’a bien cherché ». Il est grand temps d’interdire, arrêter, emprisonner, faire disparaître, assassiner, exécuter la vérité... le danger suprême !

Nous ne sommes plus que spectateurs aveugles et sourds, soumis par notre propre lâcheté à la merci du pouvoir en place, abandonnant ce témoin d’humanité au terme de sa vie.

Voici le Fils de l’homme et du grand Dieu le Fils, Le voici arrivé à son terme préfix. Agrippa d’AUBIGNÉ

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha La foule sans tête était à la fête C’est plus juste en somme d’abattre un seul homme Ce jeune homme a dit la vérité. Il sera exécuté. Guy BEART

Je vous remercie mon Dieu, de m’avoir créé Noir/ d’avoir fait de moi/la somme de toutes les douleurs,/ mis sur ma tête,/ le Monde. Bernard DADI

Des rencontres
Des rencontres, elles sont à notre porte, celles d’une mère, d’un homme qui vient en aide, d’une femme qui prend pitié, d’autres femmes en pleur.
Nous croisons quotidiennement l’immigré, le sans-logis, le sans- papiers, le sans-dignité et nous restons aveugles, détournant la tête du trottoir d’en face, car il est l’autre, celui qui dérange.
Qu’il ne soit plus qu’une ombre dans notre propre obscurité.

Marie-Mère, je te contemple et te vénère. Ton ventre en sang est beau, plus beau que le coquelicot du couchant, le pavot de la mer. André SUAREZ

Une femme qu’il ne connaissait ni d’éve ni d’adam a gardé dans son mouchoir l’image de sa sueur. Un homme de passage qui l’avait vu dans la difficulté lui donna une aide au milieu des moqueries. Jean L’ANSELME

Ne pas seulement s’aimer, soi, Ni seulement trembler pour les siens. Aimer, en premier, ceux qui sont différents, Ceux qui sont éloignés, et jusqu’aux ennemis. Amin MAALOUF

Ceux qui disent que j’y étais pas, y étaient pas eux non plus. J’étais là. Félix LECLERC

La mort
La mort du condamné, c’est la nuit de l’Humanité. La mort sous la torture, la mort en mer d’un rêve de vie meilleure, la mort d’une prise d’otage, la mort du témoignage de la vérité, la mort d’une justice trahie et reniée, c’est déjà notre propre mort.
Il ne reste de lui que cendres et « repos éternel ». À la terre d’être charnier pour l’accueillir, rejeté des frères que nous sommes tous.
Que notre propre vie reprenne enfin ses droits.

La terre saigne / Comme saigne un sein D’où coule le lait / Couleur du couchant Le lait est rouge, / Du sable sourd du sang, Le Ciel pleure / Comme pleure un Enfant. Birago DIOP

Nous avons pleuré toute la nuit Et le coq a chanté sur la tombe de l’Ancêtre [...] Njambé (Seigneur), c’est toi qui as ourlé sur la tête du coq cette langue de soleil. Charles NGANDÉ

Allez bien doucement, Messieurs les Fossoyeurs. [...] Allez bien doucement, car s’il eut toutes nos vertus, mes frères, il eut aussi tous nos péchés ; allez bien doucement car vous portez en lui toute l’humanité. SAINT POL ROUX

La vie
Après la mort d’un juste parmi les hommes, aimé, applaudi, vénéré, puis trahi, condamné et exécuté, ne sommes-nous pas appelés à garder toujours présent son message de permanence de la vie et de paix ?
Que nous soyons croyants ou non, il nous reste la parole du poète qui sait dire l’invisible et chanter l’Humanité avec ses souffrances, sa beauté et l’amour.

La nuit tu l’imagines / dévoré par les chacals Souviens-toi la vieille, / les yeux ouverts, nu Son corps est revenu. / Ne pleure pas la vieille Ton fils est revenu. Djamel ALLAM

Nous sommes sans nouvelles / Sans nouvelles depuis. Nous sommes sans nouvelles / Sans nouvelles d’amour. Nous sommes sans nouvelles / Sans nouvelles de Dieu. Jean MOGIN

Une parole est née, ce matin / Nouvelle comme un poulain chevelu comme une clairière de coucous jaunes comme la brume, à hauteur d’homme, couleur d’aurore, dans les blés. Colette PEUGNIEZ

Elle est retrouvée. / Quoi ? – L’Éternité. C’est la mer allée / Avec le soleil. Arthur RIMBAUD

Et après...
Présent : voici l’heure de toutes les interrogations, l’heure de croire et d’être dans l’espérance, l’heure de ne pas croire au nom du réalisme et du néant. Pour beaucoup ne serait-ce pas l’heure du grand doute ?
Au cinquantième jour ce fut un jour de fête, de lumière et de la parole, celle d’entendre des hommes et des femmes parler tout simplement de vie.

... et la terre était en fête [...] et il y avait un Cantique nouveau Et toutes les autres planètes habitées entendirent chanter la Terre et c’était un chant d’amour. Ernesto CARDENAL

Lumière ! Ma lumière ! Lumière emplissant le monde, lumière baiser des yeux, douceur du cœur, lumière ! Les cieux s’ouvrent ; le vent bondit ; un rire a parcouru la terre. Rabindranath TAGORE

Laisse le rossignol chanter sa joie, Laisse l’hirondelle voler vers le soleil Lève la tête et regarde autour de toi, Vois-tu cette fleur qui joue avec l’abeille ? Angélique et Photis IONATOS

olivierbalvet.wordpress
olivier.balvet@orange.fr

Jean Deuzèmes


Peintures dans le transept. Vernissage lundi 11mars 18h, 76 rue de la Verrerie, Paris 4e
Ouverture tous les après-midis de 13 à 18h


[1L’église chapelle de la Giraudière à Brussieu (Rhône)

[2« Art concret. Art géométrique. Art suprématiste. Art minimal. Art construit. Art néo-plastique… Les noms ne manquent pas pour qualifier cette nouvelle forme d’art qui fait fi du monde de l’apparence. Autant de noms, autant de mouvements, autant de définitions… » affirme l’historienne de l’art Aurélie VANDEVOORDE. In http://www.rene-roche.com/AV2V.html.

[3L’origine de PASSION remonte à une expérience vécue à New York où l’artiste a vu un chemin de croix vivant pratiqué à l’échelle de la ville, où les stations étaient des lieux densément humains : un centre d’accueil de Homeless, le siège de l’ONU, une gare, etc.

[4« Bases de la peinture concrète
Nous disons :
1° L’art est universel.
2° L’œuvre doit être entièrement formée et conçue par l’esprit avant son exécution. Elle ne doit rien recevoir des données formelles de la nature, ni de la sensualité, ni de la sentimentalité. Nous voulons exclure le lyrisme, le dramatisme, le symbolisme, etc.
3° Le tableau doit être entièrement construit avec des éléments purement plastiques, c’est à dire plans et couleurs. Un élément pictural n’a pas d’autre signification que « lui-même » en conséquence le tableau n’a pas d’autre signification que « lui-même ».
4° La construction du tableau, aussi bien que ses éléments, doit être simple et contrôlable visuellement.
5° la technique doit être mécanique, c’est à dire exacte, anti-impressionniste.
6° Effort pour la clarté absolue.

Carlsund, Doesbourg, Hélion, Tutundjian, Wantz. »

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