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Makoto Ofune. Particules en Symphonie



Exposition d’été 2016 à Saint-Merry. Un plasticien japonais célèbre la matière et la beauté au travers de quatre œuvres. Une quintessence de la tradition shinto dans des œuvres contemporaines faisant face à un patrimoine religieux.

Exposition d’été à Saint-Merry du 12 juillet au 16 septembre 2016. Makoto OFUNE, artiste en résidence à Paris pour un an, grâce au soutien du ministère de la Culture du Japon conçoit l’œuvre d’art comme un dialogue avec la matière, et la travaille pour accéder à son essence et la révéler au spectateur. Les textes de Murielle Hladik (curatrice / médiation) et de Makoto Ofune sont des clefs de lecture des œuvres et de l’intention de l’artiste, une réflexion de Jean Deuzèmes élargit la perspective. Le shintoïsme peut-il trouver sa place dans une église ?

La matière et le lieu // Murielle Hladik

Makoto Ofune travaille à partir de matériaux naturels : les pigments minéraux extraits de pierres broyées qui sont ensuite assemblés avec de la colle animale — sur le modèle de la peinture traditionnelle japonaise. Son œuvre est nourrie des questions philosophiques de la partie et du tout : comment ces particules (des pigments minéraux) vont être capables de créer un grand tout, une œuvre ? De même que les individus évoluent dans le monde, ces ‘particules’ peuvent se rencontrer, s’entrechoquer, se détester, s’aimer ou finalement créer une grande harmonie.
Les « particules en symphonie » de Makoto Ofune célèbrent les différents états de la matière. Dédiées à la beauté des lieux, les installations de Makoto Ofune sont toujours conçues comme des œuvres in situ, faisant écho aux différentes qualités spatiales des lieux, mettant en relief d’une manière subtile les contrastes entre l’ombre et la lumière. « Particules en symphonie » s’insère dans l’église Saint-Merry, vaste ensemble architectural et artistique traversé par la lumière et ouvert à la parole divine.

Murielle Hladik (curatrice / médiation)

Le tout et les éléments // Makoto OFUNE

Entrer et dépasser une limite invisible.
Dans le silence débordant, les particules apparaissent et disparaissent, puis réapparaissent.
Je suis aussi l’une de ces particules.

Chaque “particule” figure une existence individuelle.

Mes œuvres sont réalisées d’une multitude de couches de pigments minéraux superposés et collés à l’aide d’une colle animale sur du papier japonais (washi) ; cette technique traditionnelle est appelée "Iwa-enogu". Ces fragments de minéraux contiennent en quelque sorte une mémoire géologique : les souvenirs incommensurables de la terre. Par mon travail patient de superposition de couches, je cherche à créer une « harmonie », un tableau vivant diffusant la lumière sous laquelle les pigments et couleurs changent insensiblement. En tant qu’artiste, mon but est de révéler cette harmonie au moyen de la colle, de l’eau et de l’air.

L’église Saint-Merry, située dans le centre de Pari,s est un édifice dont l’histoire véhicule, elle aussi, différentes strates de temps, offrant un vivant contraste avec le Centre Pompidou ; elle symbolise un dialogue entre l’ancien et le moderne. À l’intérieur de l’église, la nef, les chapelles, les sols, les murs et les piliers constituent un espace complexe transformé sur plusieurs siècles et porteur de mémoire. Les sculptures et peintures ont trouvé leur place dans l’espace et contribuent à la poétique du lieu.

Dans la grande nef, mes installations deviennent une « symphonie » entrant en résonance avec l’espace entier et devenant réceptacle de la lumière. Alors, la présence indicible de ce qui relie toutes les choses, « l’espace-entre », est perçue dans la beauté vibrante de la lumière des vitraux, voire par les sons qui surgissent et disparaissent.
Chaque personne pénétrant à l’intérieur de l’église peut partager l’espace et le comprendre, interagir librement avec lui, tout en gardant dans son propre silence sa profondeur intérieure. Se déplacer ou rester immobile, s’émouvoir ou réfléchir, être pleinement immergé dans cette atmosphère si particulière.

Les personnes et les œuvres, la lumière et le son, l’air, et même la peinture offerte par l’espace, tous ces éléments, telles des “particules” assemblées, participent à la symphonie visuelle de Saint-Merry.

Makoto OFUNE

Les œuvres et les textes : la tradition shinto s’invite à Saint-Merry // Jean Deuzèmes

Ces textes et les quatre œuvres fort différentes sont imprégnés de la tradition shinto, très spécifique à la culture et à la société japonaises.

En occupant le sous-sol de la crypte, l’espace aérien de la nef, le sol du claustra et en érigeant une forme minérale devant le tabernacle de la chapelle de Communion du XVIIIe, l’œuvre, perçue comme un ensemble, entend exister par rapport à la totalité des espaces du religieux de Saint-Merry, mais sans lui substituer une autre forme religieuse. L’intention de Makoto Ofune se concentre sur la place de la beauté et de l’harmonie, celle que l’on peut trouver dans la nature, réelle ou mythique, et dans ses tréfonds, « les souvenirs incommensurables de la terre ». Or c’est de cela qu’il est question dans les rites shintoïstes, dont l’existence date d’avant le bouddhisme.

La dimension de cette tradition multiséculaire se retrouve dans la manière dont Makoto travaille : avec des pigments qu’il broie lui-même à partir de pierres, et dont le liant est de la colle animale appliquée patiemment par dizaines de couches. Les pierres sont bien plus qu’un simple matériau, elles possèdent une symbolique forte au même titre que les couleurs : bleues, dans de multiples nuances, blanc-gris. On pourrait les qualifier de « paroles de la Terre ».

La notion de totalité sur laquelle l’artiste insiste n’a rien à voir avec la divinité, absente de la tradition shinto ; mais Makoto Ofune exalte ou célèbre les forces issues de la nature. Son idéal de perfection de plasticien est au service de cet élan spirituel vers cette totalité qu’il souhaite faire partager. Le lieu parisien dans lequel il expose entre en résonance avec sa propre pensée : par son caractère hétérogène, apparemment immuable, et dépositaire d’une tradition, Saint-Merry fait aussi figure du Tout, murs et visiteurs compris. Le terme « Symphonie » du titre fait ainsi sens : l’artiste se considère comme une sorte de chef d’orchestre mettant en musique visuelle des éléments qui, dans sa sensibilité, vibrent pareillement.

Le shinto est compatible avec toutes les religions, car il est non religieux. Il n’organise pas un culte, il s’insère dans l’existant, comme cette pierre bleue posée sur un piédestal blanc, face au tabernacle doré, dans la chapelle Rococo (1743).
Le tapis de marbre de carrare devant quatre petits tableaux épurés dans le claustra renvoie à tous ces jardinets que l’on trouve dans les temples et auxquels on attache la notion de zen.
La coupole de 3,5 m de diamètre faite de bois et de papier peint, légèrement inclinée, est la réponse courtoise en termes de forme à la croisée du transept en pierre (1526) juste au-dessus et, devant elle en fond du chœur, au chef d’œuvre de bois doré, rayonnant autour d’un triangle, la Gloire des frères Slodtz (1753).

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On retrouve dans cette manière de placer les objets le sens épuré japonais et l’attention à l’environnement. En faisant référence au tout et au rassemblement d’individus et de particules, Makoto Ofune exprime aussi en filigrane l’importance de la vie sociale au Japon, que le shinto nourrit largement. Cette sociabilité normée apparaît très pesante pour des Occidentaux où l’individualisme est une valeur connexe à celle de liberté, la cohésion sociale ou l’adhésion à des idéaux communs relevant d’autres considérations, politiques et non spirituelles.

L’artiste quant à lui, préfère la notion d’individualité, car elle est composante d’une totalité qui la dépasse. Le concept de particule, dans le titre, apparaît comme une allégorie de l’individu dans une société en harmonie.
Jean Deuzèmes

Éléments de biographie

Makoto Ofune est né en 1977 à Osaka, Japon. Il est diplômé de l’Université de Kyoto avec une spécialisation en peinture de style japonais. Parmi ses récentes expositions : “Réceptacle du passage” à la Maison de la culture du Japon à Paris, France en 2015 ; “SHADOWS OF TIME - Makoto Ofune et Anne & Patrick Poirier”, Nuit Blanche Kyoto, Japon, 2014 ; “Couleurs de la saison” - 26e Festival national de la culture à Kyoto, Japon ; “From Mono to Mono”, Musée de l’Université de Kyoto ; BIWAKO Biennale 2012 à Murakumo-gosho Zuiryu-ji Temple à Shiga, au Japon ; Repères à l’Espace Topographie de l’art à Paris et “ART RAINBOW PROJET”, KUNSTHALLE Rostock, Allemagne

http://particules-en-symphonie.tumblr.com

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Ouverture de l’église pour l’exposition d’été : mardi, mercredi 14h-19h / jeudi, vendredi 14h-20h30 / samedi 14h-18h30

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