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Laurent Perbos. Firefly Birds



Une œuvre de poésie visuelle sur le Socle. Un bouquet de bambous nichant des taches de couleur et de lumière sur l’espace public. Un assemblage jubilatoire réveillant le plaisir de l’enfance.

On se réjouit immédiatement en voyant cette nouvelle œuvre de Laurent Perbos, réalisée spécialement pour le Socle. Ce bouquet de cannes de bambou, auxquelles sont suspendues des cages enfermant des ampoules peintes à la main, bouge au vent à côté de l’unique arbre de la placette, grand et immobile, à l’angle des rues Saint-Martin et du cloître Saint-Merri (Paris 4e). Le lieu autrefois délaissé continue à changer de visage avec un art léger stimulant l’imaginaire du passant qui se prend à sourire, à retrouver un esprit d’enfance. Chaque jour, juste après le son de la cloche de midi de l’église voisine, Firefly Birds, « Les oiseaux - lucioles », s’éclaire, jusqu’à minuit.

Comme l’artiste, cette œuvre est inclassable, même si sa matérialité en termes d’assemblage d’objets la rattacherait plutôt aux nouveaux réalistes [1], et la situerait certainement dans l’univers coloré post-moderne qui affirme son autonomie, nie la fonctionnalité et emprunte aux cultures les plus diverses.

Laurent Perbos Firefly Birds Jour et nuit from Voir & Dire on Vimeo.

Le collectif 6M3 et Laurent Perbos étaient concurrents pour le projet Embellir Paris en se positionnant sur deux lignes artistiques différentes (une programmation versus une œuvre unique) . Après que le premier eut gagné, il invita l’artiste, dont il appréciait beaucoup les œuvres, à occuper le Socle. Ce dernier, beau joueur, ayant apprécié les potentialités du lieu, a préféré créer une œuvre in situ plutôt qu’installer une autre déjà réalisée et provenant de son atelier de Marseille.
On y retrouve tout l’esprit habituel de son art qui consiste à transformer les espaces publics et à intriguer, à l’aide d’une forme étrange, le regard du piéton pressé. Il partage des parentés lointaines avec Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle, personnalités-phares du nouveau réalisme, qui ont conçu la fontaine bien connue de la place Strawinsky derrière le pâté de maisons du Socle. L’artiste du XXIe semble saluer ceux du XXe récent. Le plaisir esthétique et plastique qui se dégage de l’œuvre ne doit pas faire oublier le délicat dispositif électrique aussi important que les moteurs et poulies de la Fontaine Stravinsky, certaines pièces contemporaines, pourtant non numériques, sont très techniques et reposent sur le mouvement ou l’apport d’énergie.
La poésie visuelle de Laurent Perbos utilise des objets ordinaires et génère des hybridations surprenantes, des glissements de sens, des amalgames de matériaux qui attirent le regard et invitent le spectateur à se promener dans son propre imaginaire.

« Les oiseaux - lucioles », comme la traduction du titre le suggère, est une œuvre sur la couleur et la lumière.
Si généralement la cage fait de l’oiseau un prisonnier au plumage coloré, son chant ignore les barreaux et s’échappe. Ici, dans « Firefly Birds », la lumière remplace le son. Les lampes à très faible consommation provenant de magasins de bricolage sont peintes de toutes les couleurs et enfermées dans des cages domestiques ; mais leur douce lumière s’en échappe jour et nuit. Les objets ordinaires autrement agencés ouvrent au merveilleux. La nuit, l’œuvre devient féérique.

Avec le Socle transformé en un grand vase d’où semblent émerger les cannes, les cages ont remplacé les feuilles de bambou et vont entrer en conversation avec les feuilles se formant au printemps sur l’unique arbre de la placette. Pour l’artiste, ces cages rappellent aussi les dessins traditionnels chinois dans lesquels les enfants jouent avec leur cage à grillon accrochée à un bâton de bambou. Les cannes bougent au moindre vent comme un banal mobile, car il y a de l’esprit d’enfance et de jeu dans l’œuvre.

En plantant un bosquet de bambous à côté de l’arbre unique de la placette, l’artiste déjà plein d’humour est sans le vouloir dans l’actualité des élections municipales où la question des arbres est très présente dans les discours et programmes ; mais il déplace les propos en mettant son objet de culture à côté du sujet de nature, qu’est le splendide Ailanthus Altissima de 15m, « l’arbre du ciel ». Curieusement, son espèce est tout aussi exotique que l’imaginaire de l’artiste puisqu’elle a été introduite de Chine au milieu du XVIIIe avant d’être largement utilisée comme arbre de rue.

Étrangement, de l’autre côté de la rue, dans le bâtiment historique de Saint-Merry, se trouve une autre curiosité entre nature et culture : la chaire de bois>>>dessinée au XVIIe siècle dans le style rococo par les frères Slotz inclut deux palmiers en référence à une symbolique biblique [2].

Le bois des arbres nourrit l’art de multiples manières au travers des siècles. Lire V&D >>>


Jean Deuzèmes

Plasticien né en 1971, Laurent Perbos habite et travaille à Marseille et Paris. Il a réalisé de nombreux mobiliers urbains en France et à l’étranger.
Œuvre visible du 5 mars au 3 juin 2020, jour et nuit. 80 rue Saint-Martin, Paris 04.
http://lesocle.paris
www.documentsdartistes.org/perbos/
Catalogue monographique : Édition Sextant&Plus
Courtesy galerie Baudoin Lebon


[1« Constitué à Paris, autour du critique Pierre Restany, en octobre 1960, le groupe des Nouveaux Réalistes comprendra encore Arman, César, Christo, Raysse, Rotella, Niki de Saint Phalle, Jacques de La Villeglé (né en 1926), François Dufrêne (1930), Daniel Spoerri (1930) et Gérard Deschamps (1937). Réagissant contre une certaine sclérose de l’art abstrait et désireux d’embrasser la réalité contemporaine dans ses manifestations urbaines et techniques, voire dans certaines dimensions mythiques, le mouvement s’est notamment exprimé par un art de l’assemblage (Spoerri, Raysse) et de l’« accumulation » (Arman) ». Selon le Larousse

[2« Les justes croissent comme les palmiers » Ps 92-12

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