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Children of the Light. Nuit Blanche 2017



Samedi 7 octobre, Saint-Merry faisait partie du In de la Nuit Blanche avec la création de « À notre étoile », une installation lumineuse immersive globale qui a bouleversé l’image habituelle d’une église.

Avec ses 46 stroboscopes suspendus dans toute l’église, « À notre étoile », l’œuvre du groupe néerlandais, « Children of the Light », utilisait les codes et les équipements de la société de divertissement, des concerts rocks, hip hop ou groove, des discothèques et de la musique électronique pour revisiter l’architecture d’un bâtiment du XVIe. Créée dans le cadre du In parisien, l’œuvre (lumière et son) se déployait par cycles d’une dizaine de minutes dans les espaces vidés de leurs chaises où les foules sont happées par la lumière et le son.

Cet évènement artistique d’un nouveau genre innovait par la gestion de la lumière et la composition musicale ; il participait de la nouvelle dimension qui s’impose dans la ville contemporaine : la multiplication des offres d’ambiance un peu partout dans la zone dense, dont la Nuit Blanche parisienne est une quintessence.

Mais Saint-Merry ne s’est pas transformé pour autant en dance floor d’une nuit ; elle offrrait un parcours de découverte spatiale rythmée par les micro-flashs des stroboscopes et les sons des enceintes, une confrontation/immersion des foules avec un bâtiment qui a gardé sa fonction religieuse.

Cette réalisation profondément originale et respectueuse du lieu a été portée par toute une communauté vivante et ouverte, le Centre pastoral Saint-Merry.

« À notre étoile » était une commande de Némo, Biennale internationale des arts numériques – Paris / Île-de-France produite par Arcadi, en coréalisation avec Voir et Dire –Saint-Merry, la Nuit Blanche Paris, l’association Art, culture et foi.

Commissaires d’exposition : Gilles Alvarez & Michel Micheau

Trois vidéos ci-dessous de V&D permettent d’appréhender cet évènement hors normes qui a attiré 30 000 visiteurs.

Des artistes venus des Pays-Bas

« Children of the Light » est un collectif d’artistes néerlandais, gardant l’anonymat, qui, depuis 2012, déploie des propositions combinées de lumière et de son in situ pour divers évènements, initialement des concerts.
Scénographes de la lumière, ces artistes se sont rencontrés au club mythique d’Amsterdam « Le Trouw », en étendant la sphère musicale par des environnements lumineux. Après avoir été inspirés par James Turrell, après avoir signé les mises en lumière de Dark Side au Trianon ou au Concertgebouw d’Amsterdam, ils ont élaboré des œuvres de plus en plus innovantes ; ils proposent des visions d’architectures les plus diverses, fonctionnelles comme un parking, ou patrimoniales comme les églises. Ils aimaient « la mise en scène conceptuelle, minimale, magique et méditative », mais ont enrichi substantiellement leur approche.
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L’œuvre « À notre étoile »

Si ce titre sonne comme un souhait brillant ou éblouissant à l’image du chef d’œuvre du gothique flamboyant qu’est Saint-Merry, cette œuvre est fondamentalement technique avec ses grilles de stroboscopes, très discrètement installée, dans la nef, les bas-côtés et le déambulatoire (couloir autour du chœur). Le système éclaire le bâtiment par parties séparées et séquences sonores, du sol à la voûte, sur 1 800m2 tandis que les machines à brouillard confèrent de la matière à la lumière.

L’objectif est double :
-  plonger les spectateurs collectivement dans un environnement poly-sensoriel
-  inviter chacun à déambuler dans ce bâtiment d’où toute décoration (peintures, sculptures) semble avoir disparu, mais qui se laisse lire dans son volume et la force de ses piliers. Une vision allant à l’essentiel de l’architecture.
« À notre étoile » est une expérience à vivre grâce à la lumière et au son.

Les stroboscopes à la base de cette installation sont utilisés dans les boîtes ou les concerts pour élever le niveau d’excitation des corps et pour mettre en images des sons. Les flashs se règlent en intensité, en durée, en intervalles ; ils permettent de voir en discontinu ce qui est continu, de décomposer les mouvements jusqu’à les arrêter visuellement.
À Saint-Merry, deux éléments majeurs mais opposés sont soumis aux éclats : les spectateurs qui sont mobiles ; les piliers très épais qui, eux, sont fixes, mais dont les ombres [1] sont en revanche mobiles et accentuent les effets de l’œuvre.
Dans « À notre étoile », tout est mouvement, rythme et collision. Les spectateurs sont immergés, voire submergés, et participent de l’œuvre, leur vision de ce qu’est une foule en est changée, d’une église aussi, bien sûr !

Resituer l’œuvre dans la courte histoire des installations lumineuses

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James Turell

La fascination que l’on a pour la lumière relève de son caractère impalpable, de sa capacité à prendre possession des espaces qu’on lui laisse et à créer des atmosphères enveloppant les personnes. Mais les artistes l’ont utilisé aussi pour dessiner des formes, des lignes (Dan Flavin, François Morellet, Wyn Evans, Antony McCall). En y mêlant des couleurs selon des stratégies créatives diverses, certains peuvent créer des plans et des architectures qui se transforment en outre dans le temps (Carlos Cruz-Diez).
Les deux grands artistes de références, Doug Wheeler et James Turell, ont utilisé la lumière elle-même comme moyen premier pour créer des environnements nouveaux et altérer l’espace perçu, alors qu’ils opéraient dans des volumes élémentaires, pauvres ou neutres.

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Ann Veronica Janssen

Après l’avant garde dans les années 60 et l’op art et après l’époque des lampes à filaments, la maîtrise du néon, des lasers et des leds a permis de concevoir des œuvres qui sont des espaces, sans contour, sans limites, mais qui peuvent être dotés d’objets hypnotiques (Ann Veronica Janssen).
Si certaines œuvres se regardent, beaucoup s’éprouvent, du fait de la perte des repères habituels chez le spectateur qui doit s’y mouvoir et ressent ses effets sur son corps et son psychisme. James Turell distinguait ainsi l’espace vu et l’espace senti.

Contrairement aux arts visuels traditionnels, il n’y a plus de barrière entre les spectateurs et les œuvres. Celles-ci sont définies comme immersives, les installations obligeant à revoir le monde tel qu’il semble être, à le négocier comme on peut le faire dans les jeux vidéos.
L’installation immersive est le terrain de l’ambiguïté, de l’étrangeté où les frontières se dissolvent, où le spectateur est appelé à s’engager dans l’œuvre, parfois non sans danger pour certains, comme avec les stroboscopes.

Une œuvre qui renouvelle le genre

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La nouveauté de l’approche de « Children of the light » tient au fait qu’ils n’utilisent pas les médiums lumière élitaires des musées, mais ceux habituellement réservés au monde dionysiaque et de la fête. [2]. Les artistes néerlandais, eux, connaissent si bien les codes du milieu et les effets sur les corps qu’ils sont capables de dépasser les traits de la sous-culture de référence.
Certes, un artiste majeur de la lumière comme Olafur Eliasson avait utilisé le stroboscope en 2011, « Model for a timeless garden » (visionner vidéo), mais ce fut pour décomposer les jets d’eau de fontaines et en faire des objets de musée « à la fois magiques et désorientants ». « Children of the light » est dans le registre de l’environnement, créé non pas à partir d’espaces neutres comme le faisaient ses grands prédécesseurs, mais au contraire en affrontant la contrainte des espaces construits (parking, églises) qu’il va dépouiller pour aller à l’essentiel de la structure : le volume, les piliers. Il ne crée pas des architectures de lumière, mais utilise la lumière pour dialoguer avec l’architecture, pour la modéliser. Son approche par l’ In situ conditionne la conception de chaque œuvre qui marque une avancée dans son processus d’innovation de groupe.

Avec cette installation, on est très loin du registre des spectacles de son et lumières, racontant l’histoire d’un lieu ou d’un bâtiment, elle s’adresse au corps des spectateurs et non à leur raison ou leur mémoire, elle mobilise la vue et l’ouïe tout autrement. « Children of the light » propose une immersion et non une narration, n’apprend rien sur l’histoire de ce bâtiment .
Il s’agit d’une œuvre d’art poly-sensorielle où le visiteur fait aussi l’expérience de la foule, sur un mode totalement différent des concerts techno ou autres rave parties ; l’objet et le style des compositions musicales et sonores ne visent pas la transe mais, ici, la découverte différente d’une architecture religieuse à partir de l’intérieur du corps de chaque spectateur.

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Par ailleurs, cette œuvre par sa puissance lumineuse renouvelle la perception que l’on a des baies vitrées dont les vitraux ont été enlevés pour des raisons liturgiques aux XVIIe siècle. La façade de Saint-Merry donnant sur la place Stravinsky se transforme en un écran abstrait vibrant ou ondulant.

Jean Deuzèmes

Deux autres visions de l’œuvre

Dimanche 8 octobre vers 5 heures du matin, à la fin de l’événement Nuit Blanche à Saint-Merry, les cameramen du groupe d’artistes ont été amenés à prendre en vidéo deux cycles de l’œuvre pour des raisons techniques, mais sans foule et sans son sauf le bruit assourdi de la ville. À la fin, l’un des Children of the Light clame "That’s it. Well done"…
Voir et Dire était là et a filmé les flots de lumière.

Saint-Merry, vue de la place Stravinsky  : une façade vibrante de couleur

Cette réalisation a reçu le soutien d’Urbanact, agence d’architecture et d’urbanisme qui promeut les démarches d’innovation partout et de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas.

Une autre référence de Children of the Light

Une installation basée sur le principe des stroboscopes avait déjà été créée spécialement pour l’architecture fonctionnelle d’un parking.

STROBOGRID 1.0 from Children of the Light on Vimeo.

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Dates de l’évènement

L’œuvre, était visible le samedi 7 octobre de 19h30 à 4h du matin, est portée aussi par toute la communauté du Centre pastoral Saint-Merry qui assurera les fonctions de médiation et d’accueil, avec sa halte Nuit Blanche (boissons et pâtisseries) dans une des chapelles attenantes.
Entrée : 78 rue Saint-Martin Paris 4
Une Avant-première a eu lieu le vendredi 6 octobre.


[1On voit rarement les ombres des piliers d’église, sauf en situation d’extrême luminosité extérieure.

[2Les rapports de la société du divertissement à l’art demeurent problématiques. Les artistes du mouvement Fluxus ont essayé de mêler art et divertissement, essentiellement le concert et le théâtre, en les transformant en tout autre chose. De son côté, le centre Beaubourg a produit une exposition en 2000, « Au-delà du spectacle » et une autre en 2010, « Dreamlands, Cultures du divertissement, cultures de l’urbain ? », sur les relations qu’entretiennent le monde du divertissement et celui de la culture dans les domaines de l’urbanisme et des politiques culturelles.

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