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LOUISA CLEMENT. GALERIE BERNIER-ELIADES < 16-04-19

mercredi 30 janvier 2019

Les inquiétantes perfections
S’il ne s’agit pas d’installation, on peut par contre user du terme « immersif » tant la scénographie imaginée par l’Allemande Louisa Clement (née en 1987) relie les oeuvres les unes aux autres et en précise le sens. Tout y est soigné et l’excès d’esthétisme et de brillance pourrait être suspect s’il n’imposait aussitôt un malaise.

Il y aurait d’abord des « tableaux-miroirs » horizontaux intitulés « Flash Back » dont la légère concavité évoquerait le travail de Dan Graham s’il n’y avait la couleur flashy des verres de lunettes de soleil réfléchissantes et les dimensions ramenées à celles d’un format de tableau-paysage. Ensuite, des têtes sans visage au long cou d’une teinte lisse noire ou argentée, appelées « Morks » qui sont accompagnées de leur double photographié. Au premier coup d’oeil on peut songer aux stylisations de la sculpture moderne, voire à Brancusi. Ou encore à la beauté épidermique des objets Design.

Mais le terme même de « Mork » (Louisa Clement n’en fait jamais allusion) peut aussi renvoyer à une série télé américaine née à la fin des années 1970 dans laquelle Robert Williams joue le rôle d’un extra-terrestre loufoque envoyé dans une fusée-œuf sur la terre pour y étudier les comportements de ses habitants. Or, si l’anti-héros a pris l’apparence d’un homme, les habitants de la planète « Ork » ressemblent quant à eux, à s’y méprendre, à ceux de Louisa Clement. Enfin, sombres et mystérieux, il y a, des photographies (réunies sous le titre « Disruption », traduction « perturbation ») où, sur fond de ciel nocturne infini, apparait en noir, un bras de mannequin dont l’étrangeté des articulations n’apparait pas au premier moment, mais ne nous lâche plus sitôt repéré.

De l’une à l’autre des œuvres, s’inscrit alors une thématique liée au plus près d’une époque, la nôtre où, tout en jouant avec l’Iphone, les programmes informatiques, mais aussi l’imaginaire des avatars et davantage encore, la médecine des implants et les manipulations génétiques, l’humanité nage dans l’inquiétante perfection de ses apparences. Un questionnement révélé de manière plus frontale par une dernière pièce, installée à l’écart. On y reconnait deux mannequins très colorés que touche avec un gant, une main dont on ne nous dira rien de plus. La caresse est bien là autant que le désir mais le contact demeure…artificiel.
Galerie Bernier-Eliades. 46 rue du Châtelain (1050). Jusqu’au 7 avril. Du mardi au samedi de 12h à 18h. www.bernier-eliades.com

Guy Gilsoul
Lég : C de l’artiste et Bernier-Eliades Athènes-Bruxelles