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L’ESPRIT FRANÇAIS CONTRE-CULTURES, 1969-1989

samedi 18 mars 2017

A la Maison Rouge, la seule exposition politique du moment !
Marie France. Pierre et Gilles
De la Figuration Narrative à la violence graphique de Bazooka, des éditions Champ Libre à la création des radios libres, de Hara-Kiri à Bérurier Noir, cette exposition rend compte d’un « esprit français » critique, irrévérencieux et contestataire, en proposant une multitude de filiations et d’affinités. À travers une soixantaine d’artistes et plus de 700 oeuvres et documents, rassemblant à la fois journaux, tracts, affiches, extraits de films, de vidéos et d’émissions de télévision, l’exposition assume une forme de révision esthétique, en allant regarder vers d’autres “genres” de la création que ceux généralement mis en avant dans l’art contemporain. Elle est également l’occasion de présenter des pièces rarement montrées telles que des carnets du groupe Dziga Vertov (fondé par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin), une sculpture monumentale de Raymonde Arcier ou les « livres d’école » d’Henri et Marinette Cueco ainsi que de passer commande d’œuvres inédites à Kiki Picasso (Il n’y a pas de raison de laisser le blanc, le bleu et le rouge à ces cons de français, 2016-2017), Jean-Jacques Lebel (L’Internationale Hallucinex, 1970-2017) et Claude Lévêque (Conte cruel de la jeunesse, 1987-2017).

Sexualités, militance, dandysme et violence opèrent comme des fils rouges dans l’exposition qui s’organise en chapitres notamment consacrés aux contre-éducations, au sabotage de l’identité nationale, mais aussi à l’influence du Marquis de Sade sur certaines pratiques radicales. Les modes de production et de diffusion alternatives dans la presse et les médias, en même temps que la persistance d’une violence contestataire et sa répression tout aussi brutale, construisent aussi un paysage social qui s’assombrit, sur fond de crise, d’émergence du chômage de masse, de ségrégation et d’une banlieue trop froide ou trop chaude qui catalyse les malaises.

En France, de la contre-culture à la sous-culture, il n’y a qu’un pas. Beaucoup parmi les artistes montrés, ont d’ailleurs fait le choix volontaire et manifeste de ne pas aller vers l’art, tout en restant à côté, parfois tout proche, comme pour y puiser sans en subir les prescriptions. D’autres, à l’intérieur même de ce champ, sont restés fidèles, à des manières qui ne se faisaient pas : figuration, caricature, ethnographie, militance politique. Autant de dissidences esthétiques qui sont des formes de résistance à un ordre formel des choses et qui viennent redonner de la diversité à une histoire de l’art français un peu monochrome. À travers la convocation d’idées et de pratiques singulières, qui furent un temps marginalisées, il s’agit, sans nostalgie, d’éclairer des mutations culturelles mais aussi de réactiver certaines énergies au présent.