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JEAN DALEMANS, INSIDE GALLERY <9-09-18

mardi 28 août 2018

Caillou ou rocher ?

Jean Dalemans. Sans titre, 2018

Il faut s’éloigner de Bruxelles, gagner la campagne et quelque trente kilomètres plus loin, rejoindre une ferme château. Si l’une des dépendances est aujourd’hui occupée par la galerie Exit 11, c’est dans un autre lieu du bâti que deux pièces servent aujourd’hui d’écrin à un ensemble réuni par un artiste sculpteur. Son propos est simple : réunir dans une structure orthogonale métallique ouverte construite à partir de multiples plateaux de différentes tailles (ce qu’il appelle « le vaisseau »), des oeuvres e petites dimensions choisies non pour la signature des créateurs mais pour l’émotion qu’elles partagent autour d’interrogations liées aux rapports entre l’être et le temps. Peintures, collages, photographies et dessins appellent ainsi le regard rapproché, la lecture patiente et tout en émotion. Par exemple, de ce sculpteur, Jean Dalemans, cette pièce en noir. Elle pourrait être monumentale. Elle tient dans la main. Et, régulièrement, dans celle de son auteur, lorsque le soir, en écoutant la musique, il en caresse la douceur des surfaces en un toucher amoureux à la fois utile et pénétrant. Utile parce que de cette façon, il fait vivre cet épiderme qui, peu à peu, gagne une teinte plus profonde et lumineuse. Pénétrant parce qu’ainsi, il prolonge son souvenir de sculpteur émerveillé commencé à 70 mètres de profondeur dans les couloirs d’une carrière dont rien, à la surface, ne laisse présager l’existence. Depuis les années 1850, le marbre de Mazy que cet artiste belge appelle parfois son « diamant noir » en référence à cet autre, africain à son tour, habite le cœur d’une cathédrale nocturne enfouie dans les profondeurs ignées de notre planète. Cette pierre porte le feu en elle. Dure et rebelle. Quand il en ramène un morceau à la surface, quand, toujours en pleine nature, il la prend dans une main alors que de l’autre, il tient l’outil et frappe, il la fait chanter au rythme des petits coups répétés : « Tout est question de vibrations » précise-t-il. Au fil des minutes, le roc répond et la tonalité se transforme jusqu’au moment de la rupture annoncée. Enfin, une pellicule cède, toujours légèrement concave : « Mais il demeure un noyau qui résistera à toute tentative ». La pierre se dénude mais ne s’offre pas. Avec lenteur, le travail du sculpteur progresse ainsi en même temps que s’approfondit son lien avec ce fragment d’univers qui le fait rêver du noir absolu dans lequel voyagent les météorites dont certains sont, comme dans la sculpture, rythmés par de petits agrégats circulaires (les chondres) dont l’origine se confond avec elle de l’univers. Si l’œuvre ici reproduite avait été posée sur un socle dans une galerie, bien espacée de sa voisine, elle éviterait difficilement l’appellation « d’objet ». Voire d’objet décoratif. Ici au contraire, de par cette scénographie inattendue, ce signal de petite taille appelle plutôt un regard soutenu qui n’est pas sans rappeler celui exigé à tout visiteur d’un cabinet de curiosités. Entendez, une approche philosophique. Guy Gilsoul

Grand Leez (5031), Inside Gallery, « Le vaisseau ». Jusqu’au 9 septembre. Château de Petit Leez. Du vendredi au dimanche, de 10h à 18h. Tél . : 003281 640866.
Légende : Jean Dalemans, sans titre, 2018. C de l’artiste.

Guy Gilsoul