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FRANÇOIS-XAVIER DE BOISSOUDY. PATERNITE

dimanche 8 avril 2018

La question évoquée par le titre peut sembler plus que jamais d’actualité dans un temps où la parole des femmes contre le harcèlement sexuel a médiatiquement remis en cause la virilité et ses stéréotypes.
Quelle est la place du père (ou du Père) semble dire l’artiste ? De quel modèle hérite le père ou est-il le garant ?
« Si la mère est l’évidence, le père est le questionnement », affirme l’artiste.

Mais le sujet est aussi un peu ailleurs, dans les rapports entre peinture et spiritualité, ce qui est plus classique. Et, déplaçant un vocabulaire très contemporain, l’artiste déclarait lors du vernissage : « Je peins la réalité augmentée du spirituel se manifestant par la lumière.  »

François-Xavier de Boissoudy, né en 1966 et converti en 2004, explore ici principalement la relation entre un homme et son, ou ses, fils à la lumière des Textes bibliques. La paternité est une entrée pour sa propre pensée théologique.

François-Xavier de Boissoudy. Paternité. 2018 from Voir & Dire on Vimeo.

La Galerie Guillaume en a fait son artiste phare [1]. Dans cette nouvelle et séduisante exposition qui affiche clairement son rattachement à une pensée chrétienne, le peintre propose des encres rehaussées de pigments, aux lavis bruns et noirs, la plupart recouvertes d’un vernis les rendant éclatantes.

Sa peinture se fait revendicative de sens : « Mais si les pères existent, s’ils sont là, c’est qu’il y a une raison profonde ! » s’écrie-t-il comme s’il s’attaquait à un tabou.
Loin de la théorie queer, cette recherche sur l’affichage des statuts des corps, que la Manif pour tous n’a de cesse de dénoncer, François-Xavier de Boissoudy affiche ses convictions et explore la dimension symbolique d’une relation entre générations, entre un géniteur et son fils (et la fille ?) sa fragilité mais aussi sa richesse, en rupture avec les schémas patriarcaux d’asservissement.

Sa démarche est à la fois inquiète et sûre de ses références. Sa pratique de l’encre est adaptée à un tel travail intérieur.

Homme de grande culture, il relit d’abord la leçon des grands maîtres, Rembrandt bien sûr, Le Caravage, Le Nain aussi. Ses ciels, la position de ses visages et ses coups de pinceau évoquent la liberté de Chagall et Garouste, leur inspiration biblique mâtinée de questions d’aujourd’hui.

Une approche innovante ? Oui, affirme le critique d’art chrétien François Bœspflug :
« Boissoudy d’un côté rénove, recrée, réactualise, mais aussi innove par sa technique et par son style sans équivalent. C’est un artiste qui renouvelle la longue tradition de l’art d’inspiration chrétienne avec une approche singulière, devenue rarissime de nos jours, dans la mesure où elle n’est ni naïve nie déroutante, ni provocante, tout en se nourrissant à la source d’un rapport constant et étroit, amoureux et méticuleux, aux récits des évangiles. Le traitement des rencontres et apparitions du Christ n’est ni sulpicien, ni scandaleux, […] Il a en effet inventé une représentation du Christ discrète, humble, presque réservée, mais lisible, lumineuse et très humaine, et quasiment toujours liée aux rencontres de celui-ci avec ses disciples et ses contemporains.
Sa technique est originale et courageuse à sa façon : il s’agit de lavis d’encres sur papier, dont le jeu en noir et blanc nuancé de discrètes traces de couleur excelle à traquer et surprendre les jeux subtils de la lumière et de l’ombre. Ce « clair obscur » fait écho, si l’on veut, aux œuvres de Georges de La Tour et des frères Le Nain, peintres qu’admire Boissudy qui se situe volontiers dans une tradition française. Mais l’artiste délaisse les charmes de la polychromie et précise que cette technique de Lavis lui est personnelle, car il laisse l’eau agir sur le dessin qu’il a tracé, créant des matières et des formes acquises grâce à l’intervention de l’eau afin, dit-il, « de donner une place à un acteur qui n’est pas lui.
 »

François-Xavier de Boissoudy plaît car il est un peintre ancré dans la tradition, dont les sujets sont immédiatement compréhensibles et référencés, et dont l’authenticité technique suscite une émotion liée à des cultures chrétiennes et artistiques familières. C’est un passeur de sens qui fait consensus dans divers milieux d’amateurs d’art religieux et, comme on pourrait le dire dans le vocabulaire à la mode, qui actualise les éléments de langage d’un christianisme confronté aux changements sociétaux.

Il peint avec talent, s’affichant en homme de foi inspiré, familier de l’Institution. C’est pourquoi, il a su conquérir sa place dans un certain art sacré contemporain français officiel.

Jean Deuzèmes

Lire le splendide catalogue élaboré avec Fabrice Hadjadj, philosophe médiatique dans les milieux chrétiens
Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris


[1Dernières expositions dans cette galerie : Miséricorde en 2015, Résurrection en 2016, Marie la vie d’une femme en 2017 ! Le spirituel trouve ici son créneau commercial.