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ALEXSANDRA CHAUSHOVA. JOZSA GALLERY < 21-12-18

jeudi 15 novembre 2018

Informateur ou employé ? Un talent fascinant.

Alexsandra Chaushova a 5 ans lorsque, en 1990, la Bulgarie met fin à ses années communistes. Mais comment grandit-on au cœur d’une culture qui a construit et banalisé un système policé huilé jusqu’aux entrailles de la banalité quotidienne ? Diplômée des Beaux-Arts de Sofia, l’illustratrice a tôt fait de poser son regard sur la fabrication de l’Histoire et de son aura mythique.

Sergent-major

Dans l’exposition « Entrelacs » à laquelle elle participe à Bruxelles, elle incarne ses propos à partir de dessins d’insectes dont la froide précision dérange. Cette impression est renforcée par le format et leur présentation dans des fardes (liasses de papier) transparentes aux parfums d’administration. Puis, dans certaines œuvres par l’ajout d’un mot ou d’une phrase aussi énigmatique que menaçante : « Sergent-major  », « Il travaille actuellement à l’objet hésitant »... Il s’en dégage une odeur de bureau de police d’État. Du coup, on prête plus d’attention aux détails : l’importance des antennes, des mâchoires, des carapaces, des ailes repliées… Pour peu, on évoquerait les mantes religieuses des surréalistes sauf que la frontalité généralisée évite l’anecdote. Ce sont des personnages masqués, usant de pseudonymes, des honnêtes « employés » (en Bulgarie, on ne dit jamais « agents ») qui informent la sureté de l’État.

Sans crier, à voix très basse, l’artiste aujourd’hui basée en Belgique, s’appuie sur des archives bien réelles pour introduire l’imaginaire reproduisant en cela le vocabulaire administratif qui peut aussi remplacer « solution finale » par des termes comme « évacuation », « changement d’adresse ou encore « traitement spécial ». L’idéologie, affirme Chaushova est un emballage. Il est intéressant de voir cependant comment visuellement elle traduit ses réflexions sur la mémoire d’une réalité politique dont ses parents furent les « objets », les consommateurs » et les complices. Percevoir ensuite combien, d’un pays à l’autre (on songe à des comparaisons avec des artistes chinois, allemands ou espagnols par exemple), ces traductions en images peuvent passer du cri de révolte au constat glacial et de la dénonciation à une pensée qui, comme avec Chaushova pointe en final, des mécanismes universels. Notons qu’ Alexsandra Chaushova exposera en avril dans le très dynamique L Museum de Louvain.
Guy Gilsoul
Bruxelles, Jozsa Gallery. Rue Saint-Georges 24. Jusqu’au 21 décembre. Je-Sa 12h-18h. www.jozsagallery@gmail.com