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35.000 M2 POUR L’ART CONTEMPORAIN À BRUXELLES

jeudi 24 mai 2018

Un musée d’art contemporain à Bruxelles ? Depuis des années, que dis-je, des décennies, la question est à l’ordre du jour.
Dans le feuilleté politico administratif de la capitale belge, aucune solution n’avait jusqu’ici été trouvée. Les musées royaux des Beaux-arts avaient pourtant, via la construction d’un musée en sous-sol, dégagé des espaces mais l’art actuel, relégué au -7, n’éveilla jamais l’enthousiasme. La réalisation du musée Magritte suivie par l’aménagement d’un plateau réservé aux arts du XIXe siècle occupa toute l’énergie du directeur Michel Draguet. Pour l’art actuel, ce dernier visait une architecture propre en plein centre de la ville. Audacieux autant que provocateur, il jouait son poker et le jouait avec un concept intéressant visant à offrir enfin une tribune aux créateurs belges pourvu qu’ils ne soient pas les seconds couteaux de modes passagères, mais singuliers. C’était sans compter les droits acquis par certains et plus encore la « doxa » des arts contemporains. Puis il y eut « Citroën », un paquebot industriel de quelque 35.000 m2, dédiés à la vente et aux réparations de la marque automobile française, installé en bordure du port de Bruxelles. Avec son allure art déco, ses grandes verrières et surtout son emplacement dans le quartier du canal en pleine réhabilitation, sa désertion programmée attira l’attention des responsables de la Région. Mais il manquait un appui de taille. Il viendra du Centre Pompidou. Du coup, avant que les travaux d’aménagement du musée (dites désormais « Kanal-Centre Pompidou ») ne débutent (en 2019), une première exposition a été montée avec des œuvres principalement issues des collections du musée parisien.
Choisies par Bernard Blistène ravi d’affronter ainsi un espace aussi vaste et brut de brut, les sculptures, installations, architectures et vidéos proposent des îlots (solo ou non) allant de Pevsner à nos jours en un panorama éclectique balisant les grandes tendances pourvu qu’elles entretiennent un lien avec la mécanique, la tôle et les couleurs vives. « L’Inferno » sonore de Tinguely donne le ton dès l’entrée.
C’est qu’il s’agit d’inscrire le parcours en rappelant la fonction première du lieu et du coup de porter un regard renouvelé sur les œuvres qui, parfois, rejoignent ainsi les vestiaires, les lavabos, les espaces de peinture carrosseries… Si à ce dialogue neuf, certaines pièces gagnent en puissance (on songe à Rauschenberg), d’autres révèlent leur insignifiance. Pour le Centre Pompidou, cette opportunité permet aussi de sortir des œuvres qui par leurs dimensions, ne peuvent facilement trouver place dans les bâtiments du Beaubourg comme le mur de Takis ou le pavillon (la Maison tropicale) de Jean Prouvé. On se serait par contre bien passé du déguisement en ouvrier automobile des gardiens.
Guy Gilsoul

Kanal-Centre Pompidou. Quai des Péniches. Bruxelles Tous les jours sauf mardi. Jusqu’au 10 juin.